Petite histoire du Musée des moulages de l’hôpital Saint-Louis

Petite histoire du Musée des moulages de l’hôpital Saint-Louis

Musée des moulages aménagé en salle de projection, 1985.

Musée des moulages aménagé en salle de projection, 1985.

Créé en 1866, le Musée des moulages de l’hôpital Saint-Louis abrite la plus importante collection de cires dermatologiques du monde. Haut lieu de mémoire de la dermatologie française et internationale, ses collections sont classées Monument historique depuis 1992.

😕 Attention, les collections photographiques peuvent heurter la sensibilité de certaines personnes.

Essor de l’industrie, des sciences et des techniques, progrès sans précédent de la médecine, tels sont quelques-uns des faits ayant marqué le XIXe siècle. S’y ajoute, surtout sous la IIIe République, une volonté politique d’instruction des masses qui ne s’appuie pas seulement sur l’école mais aussi sur les musées, tant il est vrai que « si c’est à l’école que l’enfant et l’ouvrier reçoivent l’enseignement, c’est surtout au musée qu’ils trouvent l’exemple » (circulaire ministérielle du 26 avril 1881). À côté des musées d’art et d’histoire, on voit fleurir en France comme dans le reste de l’Europe, musées ethnographiques, musées des sciences et musées des techniques. Le Musée des moulages, créé en 1866, tout comme le musée fondé par Bourneville à Bicêtre en 1879 pour accueillir moulages et photographies relatifs aux maladies des vieillards et des enfants et bien d’autres musées de services hospitaliers, s’inscrivent dans ce triple contexte de développement de la médecine, des musées scientifiques et du souci pédagogique.

Le Musée des moulages de l’hôpital Saint-Louis qui participe à ce phénomène, en reste l’unique témoignage. Alors que tous les autres musées des services hospitaliers ont disparu ou ont vu leurs bâtiments détruits ou réaménagés et leurs collections dispersées, le Musée des moulages de Saint-Louis et la bibliothèque Henri-Feulard ont traversé le XIXe siècle sans faire l’objet d’aucune transformation majeure. On peut encore les admirer tels qu’ils étaient lors de l’inauguration en 1889. Aujourd’hui le Musée des moulages contient la plus importante collection de cires dermatologiques du monde. Il est le lieu de mémoire de la dermatologie française en même temps qu’un patrimoine de la dermatologie mondiale. En raison de cette valeur historique et patrimoniale, la collection des moulages a été classée Monument historique en 1992.

En 1866, lorsqu’il prend sa retraite, Alphonse Devergie, médecin – chef de service à l’hôpital Saint-Louis, fait don d’une collection d’aquarelles  dermatologiques qu’il avait faites réaliser à ses frais, en souhaitant qu’elles soient exposées dans un endroit suffisamment fréquenté. Armand Husson, alors directeur de l’Assistance publique reconnaît l’intérêt essentiellement pédagogique de ces représentations de maladies de peau et lance alors la création du Musée de l’hôpital qui ouvre ses portes le 25 avril 1867.

Lors de l’ouverture, la collection du Musée se compose des aquarelles d’Alphonse Devergie et d’Ernest Bazin (1807-1878), médecin de l’hôpital  Saint-Louis, mais aussi de 26 moulages donnés par Charles Lailler (1822-1893), chef de service à l’hôpital Saint-Louis ainsi que de quelques photographies réalisées par A. de Montméja sous la direction du chef de service Alfred Hardy. Armand Husson dote également le Musée d’une subvention de 2 000 francs pour la réalisation de moulages. Les collections de moulages et de photographies progressant rapidement, l’espace dévolu au Musée devient vite trop exigu.

Après une installation temporaire du Musée dans le service de Charles Lailler, le projet établi, conformément aux recommandations de Bourneville, médecin rapporteur du budget de l’Assistance publique, d’une construction devant abriter la bibliothèque, le Musée et la consultation externe de dermatologie est adopté en 1881. En 1884, les premiers moulages emménagent. L’inauguration officielle est cependant retardée au 5 août 1889 pour coïncider avec l’ouverture du premier Congrès international de dermatologie.

L’usage médico-anatomique de la cire remonte au XVe siècle et se développe au XVIIe siècle. À cette époque se multiplient les cabinets de curiosités où les cires anatomiques occupent une place à mi-chemin entre l’objet d’art et l’objet d’éducation. Il faut cependant attendre la Révolution française et le XIXe siècle pour que les cires deviennent des objets de connaissance scientifique et d’enseignement.

Les premiers moulages de maladies de peau sont réalisés en 1804 par Franz Heinrich Martens, professeur à l’université d’Iéna. En France, Charles Lailler à la recherche d’un mouleur, découvre en 1863, Jules Baretta, fabricant de fruits en carton-pâte du passage Jouffroy et lui propose de devenir mouleur de cire pour la dermatologie. Arrivé à l’hôpital Saint-Louis en 1863, Jules Baretta réalise son premier moulage en 1867. Nommé conservateur en 1884, il aurait réalisé près de 3 500 moulages. Après le premier Congrès international de dermatologie organisé en 1889 au Musée des moulages de l’hôpital Saint-Louis, Jules Baretta devient célèbre dans le monde entier. On retrouve de ses moulages dans des collections à Toulouse, Nancy, Lyon, Londres, Vienne, Boston, Philadelphie, Washington entre autres. Sa célébrité n’empêche pas la réduction de l’allocation qui lui est versée. Initialement de 1 200 francs annuels, celle-ci est réduite de moitié en 1890. À Jules Baretta décédé en 1923, succèdent Louis Niclet, Couvreur, Font et Stéphan Littré, dernier mouleur du Musée de 1928 à 1965. Charles Jumelin a, quant à lui, réalisé la collection des moulages des maladies sexuellement transmissibles qu’Alfred Fournier transporte au Musée de l’hôpital Saint-Louis lorsqu’il y prend ses fonctions de chef de service (1876-1880).

Bien qu’enseignée depuis 1801 par Jean-Louis Alibert, médecin adjoint de l’hôpital Saint-Louis, il faut attendre 1879 pour que la dermatologie soit institutionnalisée en tant que spécialité médicale. En effet, les réticences sont nombreuses au XIXe siècle à l’idée de créer des chaires de spécialité médicale : la spécialisation est vue comme une atteinte au modèle idéal d’un savoir encyclopédique.

Cependant l’effritement de la position dominante de l’École française de dermatologie à partir de 1850 face à la suprématie germanique et surtout viennoise, ainsi que la défaite française de 1870, font naître la volonté de restaurer l’influence de l’École française. Dans cette optique, sont créés des périodiques spécialisés, une société savante, un congrès international ainsi qu’une chaire de clinique des maladies cutanées et syphilitiques en 1879. Le premier à l’occuper est Alfred Fournier (1832-1914), médecin spécialiste de la syphilis. Après Alfred Fournier (1879-1902), cette chaire est occupée successivement par Ernest Gaucher (1902-1918), Edouard Jeanselme (1918-1928), Henri Gougerot (1928-1952), Robert Degos (1952-1976) et Jean Civatte (1976-1989). Une deuxième chaire est créée en 1964 pour Bernard Duperrat (1964-1977) auquel a succédé Antoine Puissant (1977-1993).

Dans ce contexte d’institutionnalisation de la dermatologie, les moulages, représentations en trois dimensions, ont un grand intérêt pédagogique pour son enseignement et sont souvent empruntés par les médecins. Au début des années 1930, plus de 4 000 moulages étaient ainsi utilisés chaque année pour des cours. Le Professeur Gaucher est un grand « emprunteur » de moulages : de 1903 à 1907, il emprunte 1 800 pièces et est le seul emprunteur en 1906.

Une renommée internationale

Célèbres au-delà des frontières, les moulages de Jules Baretta ont fait l’objet de nombreux emprunts pour des congrès internationaux comme à Vienne en 1892, à Londres en 1895, à Budapest en 1935, ainsi que pour des expositions, telle l’Exposition coloniale organisée à Paris en 1931 ou l’Exposition universelle de 1937. Des moulages sont également vendus à l’étranger, par exemple pour le Département de la santé du ministère de la Santé de la province de l’Ontario au Canada, et enrichissent ainsi de nombreuses collections à Toulouse, Nancy, Lyon, Londres, Vienne, Boston, Philadelphie, Washington entre autres.

Une collection appréciée en France pour sa fonction d’éducation vénérologique

Sur le territoire national, les moulages sont loin de n’intéresser qu’un cercle restreint de médecins et professeurs. En effet, ils sont très appréciés pour leur fonction vulgarisatrice et d’éducation vénérologique. Il est vrai que sur les 4 807 moulages, 3 662 représentent des maladies vénériennes et notamment la syphilis. Les milieux militaires se montrent donc très intéressés par ces moulages, considérés comme des instruments de propagande antivénérienne. De même, des associations éducatives, ouvrières, des mouvements de jeunesse et des comités de tourisme visitent fréquemment le Musée des moulages.

Les collections du Musée des moulages contiennent également des photographies. L’emploi de cette technique en dermatologie est introduit par Alfred Hardy, chef de service de l’hôpital Saint-Louis et A. de Montméja, chef de clinique ophtalmologique. A. de Montméja est ainsi le premier photographe de l’hôpital Saint-Louis réalisant ses premières photographies en 1867. Avec Alfred Hardy, il publie l’année suivante la Clinique photographique de l’hôpital Saint-Louis, recueil de photographies coloriées à la main. C’est la première fois que des photographies viennent illustrer une publication dermatologique en France. Mais ce n’est pas une première mondiale : en 1865 en Angleterre, le chirurgien Alexander Squire a déjà fait paraître Photographs of the diseases of the skin, premier atlas de dermatologie illustré de photographies. L’atelier de photographie créé à l’hôpital Saint-Louis fonctionne sous la direction de A. de Montméja de 1868 à 1875. L’idée de créer un musée des photographies, complémentaire du Musée des moulages, est maintes fois évoquée, par Armand Husson, puis par Alfred Fournier et Henri Feulard, mais jamais réalisée.

Les collections s’enrichissent ensuite de 100 photographies de Félix Méheux acquises en 1891, mais également des collections de médecins d’autres établissements qui apportent avec eux les photographies qu’ils ont fait réaliser. C’est le cas de Louis Brocq, médecin de l’hôpital Saint-Louis (1856-1928) dont il faut souligner le rôle dans l’enrichissement de la collection photographique. Praticien à l’hôpital Broca, il entreprend à partir de 1899 avec l’aide du Dr Jules Sottas de photographier systématiquement les malades de son service. Quand il quitte Broca pour l’hôpital Saint-Louis en 1905, il y transfère sa collection qui compte déjà plus de 2 000 clichés et poursuit son activité photographique d’abord avec la seule aide du Dr Jules Sottas, son assistant, puis avec celle du photographe amateur Georges Schaller à partir de 1912. À Georges Schaller, parti en 1934, succèdent René Maire puis Bouvier. La collection photographique de l’hôpital Saint-Louis s’élevait en 1954 à plus de 10 000 photographies. Le service photographique est alors, à l’instar des autres services photographiques, regroupé dans un seul et unique service pour toute l’Assistance publique, le laboratoire central de photographies médicales.

Pour continuer avec les collections de dermatologie de l’hôpital Saint-Louis, vous pouvez visiter le site de la Bibliothèque universitaire de Santé et/ou le site du Musée des moulages de Saint-Louis.