Intérêt des archives hospitalières

Le guide des fonds
L’hôpital et son histoire

L’intérêt des archives hospitalières est peut-être, paradoxalement, à démontrer en premier lieu à l’intérieur de l’hôpital lui-même.

L’hôpital, devenu ces dernières décennies un lieu de progrès technologique et médical, s’est délibérément tourné vers le futur, choisissant quasiment l’amnésie. Il semble redécouvrir aujourd’hui son histoire. Cette sensibilité affichée est quelque chose dont il faut sans doute se réjouir, car on peut bien en espérer des bénéfices très concrets pour un travail sur la sauvegarde du patrimoine hospitalier.

Il faut cependant se garder de tout enthousiasme excessif, tant ce goût pour l’histoire, trop souvent réduit à la commémoration, ne génère pas nécessairement la sauvegarde des sources qui en permettent la connaissance. Il peut même ne pas souhaiter cette sauvegarde, car les sources peuvent apporter un éclairage différent. On ne se commémore qu’à travers un filtre qui loin d’être objectif, est lui-même porteur d’un sens particulier et nous renseigne plus sur la façon dont se voit un groupe que sur l’histoire réelle de ce groupe – quand bien même cette vision fait elle-même pleinement partie de son histoire. Coïncider avec – ou à tout le moins ne pas troubler – une politique en cours : n’est-ce pas le risque ultime de toute commémoration ?

Dans ce contexte, les archives peuvent aussi bien servir à nourrir une histoire justifiant un présent qu’à déjouer les pièges de la mémoire d’entreprise. Bien sûr, il ne s’agit pas de refonder un quelconque positivisme archivistique, garant d’une sorte de vérité incontestable. Les archives,

c’est-à-dire les documents comme leur processus de collecte, doivent faire l’objet de mise à distance critique, on le sait. Pourtant, voix de son maître par excellence, les archives peuvent être aussi « subversives» car susceptibles de permettre de déconstruire les vérités officielles en les resituant dans le contexte de leur réalisation, loin de leur discours immédiat.

Variété et richesse des archives hospitalières

Les archives hospitalières sont une source majeure pour la monographie d’un établissement. C’est à travers elle que l’on verra s’élaborer une politique; c’est à travers elle que l’on verra se développer des projets, s’accomplir une gestion, que l’on pourra relier à l’évolution plus générale de la politique d’assistance.

Les archives hospitalières sont également, peut-être plus encore pour les époques anciennes, une source irremplaçable d’histoire démographique, économique et sociale, au-delà de la seule histoire de l’hôpital ou de la santé. C’est d’ailleurs cette dimension sociale qui a justifié l’intérêt porté très tôt par les Archives de France aux archives hospitalières.

En effet, l’hôpital est une structure ancienne. Lieu d’accueil des indigents, où les soins consistent avant toutes choses en l’apport de nourriture, brassant une population importante et procédant à de nombreux achats, l’hôpital produit très vite des outils de suivi de sa population et de sa gestion comptable, sous l’aspect de comptes et de registres de population. Ces archives permettent de produire des séries très fécondes, aussi bien sur la composition et les mouvements d’une population que sur l’histoire économique du pays.

Les données en sont généralement homogènes et continues. Par elles, bien avant la constitution au XlXe siècle des listes de recensements de population, on a une connaissance des populations et de leurs mouvements, en parallèle des sources d’état civil; par elles, on peut réaliser des études sérielles sur les prix des matières alimentaires ou des matériaux de construction, sur les salaires. La richesse des archives hospitalières four l’histoire économique et sociale au XlXe siècle a largement été décrite par Gabriel Désert1.

1. Gabriel Désert, Les archives hospitalières, source d’histoire économique et sociale. Caen, Annales de Normandie, 1977